Il y a quelques jours, j’ai discuté avec un ami de longue date.

Il est passé d’élève brillant, à jeune complètement paumé. En à peine quelques années.

J’écris cet article parce que le cas de mon ami n’est pas isolé. Et si on ne fait pas attention, cela peut également nous arriver.


Les études et la vie professionnelle m’ont progressivement éloigné de la petite ville de province dans laquelle j’ai grandi.

Je rentre régulièrement voir ma famille et, à chaque fois, j’essaie de passer du temps avec mes amis d’enfance. Il y en a certains que je vois peu et ça donne systématiquement lieu à des conversations improbables.

On se rappelle les moments passés ensemble. On se raconte nos vies respectives.

C’est toujours amusant de voir où nous avons fini par atterrir. Certains ont suivi la même voie sans accroc depuis le début. D’autres ont des parcours tumultueux, marqués par de nombreux virages.

Lorsque je suis rentré chez moi, il y a quelques jours, je suis tombé sur un vieil ami que je n’avais pas vu depuis la fin du lycée.

Je me rappelle de lui comme le premier de classe. Il avait toujours les meilleures notes et nos profs considéraient unanimement qu’il était promis à un avenir brillant. Il était bon en cours, intelligent et sociable. Il rêvait d’une grande carrière. Au fond de moi, j’étais jaloux de lui. Il avait tout.

Alors lorsque je l’ai croisé, ces souvenirs sont remontés.

On s’est tout de suite reconnu. On est allé boire un verre dans la foulée, pour se raconter nos vies respectives.

Nous nous sommes perdus de vue après le bac. Je suis parti à un bout de la France. Lui à l’autre.

Une chose m’a immédiatement frappée.

Il n’était plus le même. Il n’était plus la personne brillante et sûre d’elle que j’avais connu à l’époque.

Au fil de la discussion, j’avais presque l’impression de ne plus le reconnaître. J’avais l’impression que la curiosité qui le caractérisait s’était évaporée. Sa curiosité et sa passion pour l’apprentissage avaient totalement disparus. Il m’a donné le sentiment de subir sa vie. De ne plus se sentir à sa place. Il avait l’air épuisé moralement. Fatigué d’être l’élève modèle. Fatigué de ses expériences professionnelles vides de sens. Fatigué de tout.

En quelques années, il s’est transformé.

Je lui parle, à mon tour, de mon parcours. De mes doutes et de mes peurs. Mais je lui explique aussi à quel point les projets que je mène me passionnent. Je lui raconte avec enthousiasme mon dernier stage. Je lui parle de domaines pour lesquels je suis pris de passion et de la jeune startup que je m’apprête à rejoindre. Je lui dis que j’ai hâte d’y travailler, de prendre part à leur aventure et de les aider à relever leurs défis.

Mais, rien.

J’ai l’impression que ce que je lui raconte sonne creux. Il m’entend, mais ne m’écoute pas. Pour lui, c’est pratiquement impossible d’aimer ce que l’on fait. Le monde du travail est forcément dur. Y prendre du plaisir est une utopie.

Il me dit cette phrase qui résonne encore en moi : « De toute façon, j’ai pas le choix. Je suis lancé là-dedans et je dois accepter sans trop réfléchir ».

À ce moment-là, je suis frappé. Comme une révélation.

Je me dis que c’est exactement pour lui que j’ai écrit ce livre. Et c’est loin d’être le seul dans ce cas.

Pensant agir pour son bien, sa famille et l’école l’ont toujours poussé à suivre la meilleure voie possible. Celle qui leur semblait la plus prestigieuse. Celle-qui promettait les meilleurs salaires à la sortie et la plus grande sécurité à l’emploi.

Mais jamais personne, à aucun moment de son parcours, ne l’a poussé à s’interroger sur ce qu’il souhaitait vraiment faire. Sur ses aspirations profondes et ses intérêts. Il s’est lancé dans une course à vouloir satisfaire le monde entier. Sauf lui.

Plus le temps passe, plus il se convainc lui-même qu’il n’existe pas d’autres voies. Que la vie est comme ça. Il a appris à détester les lundis matin et à célébrer les vendredis soir comme une libération.

Il a appris à faire taire sa voie intérieure. Il a appris à ne pas se démarquer. À ne pas en faire plus que ce qui est demandé. Il a appris à faire comme tout le monde.

Il vient tout juste d’accepter son premier poste dans un prestigieux cabinet de conseil. Il trouve que les missions sont bullshit, mais il s’y fait. Il tue le temps comme il peut.

Alors lorsque je lui dis que j’ai hâte de commencer sur mon nouveau poste et de lancer mes nouveaux projets, la dissonance cognitive est trop forte. Il ne peut pas le comprendre. Son schéma de pensée ne peut pas l’intégrer.
Pour lui, faire en fonction de ses aspirations est un truc d’artiste illuminé ou de gosse de riche. Ce n’est pas en adéquation avec ce qu’il pense être la réalité du monde du travail.

En plein dans le mille. C’est exactement le type de pensée que j’essaie de contrer dans mon livre.

Au contraire, je suis convaincu qu’il est urgent de se demander pourquoi on fait les choses et d’agir en fonction de ses aspirations profondes. Peu importe ce que l’on souhaite faire, ce qui compte, c’est d’écouter la petite voix qui nous dit qu’on ne se sent pas à notre place. De se lancer et d’oser faire les choses.

Cela est d’autant plus vrai à l’ère du numérique, où tout est possible et où les barrières tombent une à une.

Attention !

Faire en fonction de ses aspirations n’est pas quelque chose de simple pour autant. La concurrence est forte, le monde est instable et se complexifie. Mais c’est possible. C’est à notre portée.