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Trouver le métier qui nous correspond est loin d’être facile. Dans cette interview,  Anaide nous partage ses conseils après 10 ans de carrière dans 4 entreprises.

Salut Anaide, pourrais-tu te présenter ?

Salut Pierre, je m’appelle Anaide Salemi, j’ai 32 ans et je suis originaire de Saint-Etienne. Je suis l’aînée d’une famille de 4 frères et soeurs. J’ai fait un parcours plutôt classique en intégrant une prépa pendant deux ans, puis le programme grande école de l’ESC Montpellier. Pendant mes études, je suis partie un an en échange universitaire en Argentine et j’ai enchaîné avec une année de césure en conseil chez Ernst & Young. Passionnée de voyages, j’ai terminé mon cursus par un Master en International Business à Barcelone.

A la suite de mes études j’ai intégré le cabinet de conseil PWC pendant 3 ans dans le domaine du transport et logistique puis en communication financière la dernière année. Je suis ensuite rentrée chez Air France KLM en Colombie pendant 2 ans où j’étais Pricing Manager pour les pays Nord Andins. Je travaille chez Booking France à Paris depuis maintenant 3 ans en tant que Commercial Excellence Manager et je m’éclate !

Tu as enchainé 3 expériences consécutives dans des grands groupes pour finalement poser tes valises dans une (grosse) scale-up, pourquoi ?

Je pense que cela dépend de ce que chacun recherche. Il y a des personnes qui raisonnent plus en termes d’entreprise. Peu importe le poste, c’est vraiment le groupe qui les intéresse. Si tu as envie de bosser chez l’Oréal parce que c’est l’industrie qui te fait rêver, tu es prêt à faire n’importe quel poste au début pour l’intégrer. Pour d’autres, c’est la fonction qui importe : contrôleur de gestion par exemple, dans n’importe quelle entreprise.

Je pense qu’il y a un travail sur soi à faire pour déterminer ses motivations. Qu’est-ce qui est le plus important pour moi ? L’entreprise ? Le poste ? Le sentiment de sécurité et la hiérarchie ? La possibilité d’entreprendre ?

Que retiens tu de ces expériences ?

Personnellement, j’ai adoré l’effet grande promo de jeunes dans les cabinets de conseils, c’était dans la continuité de la vie en école. C’est super stimulant d’être entourée de personnes extrêmement brillantes. J’ai pu acquérir une bonne méthodologie de travail et apprendre à travailler dur, vite et bien. C’est un peu la prépa du travail, mais la prépa n’est pas pour tout le monde ! L’avantage c’est la sécurité et le prestige. Quand on sort d’une école de commerce, on est souvent à la recherche de reconnaissance et c’est entre autres ce que ces entreprises apportent, une belle ligne sur le CV.

“A mon époque, le conseil était considéré comme la voie royale. Apprendre à travailler dur, super vite, acquérir des méthodologies de travail. Mais si tu sais déjà ce que tu veux faire, tu n’as pas forcément besoin de passer par là.”

Tout dépend de ta personnalité, si tu es quelqu’un de très créatif, qui ne rentre pas dans les box, qui est hyper ambitieux et qui veut être libre de tester des choses en ayant une hiérarchie moins marquée, ces grands groupes vont sûrement t’apprendre beaucoup, mais tu ne seras peut être pas vraiment épanoui.

Il y a aussi le facteur temps, à savoir que l’on ne souhaite pas les mêmes choses au fur et à mesure où l’on évolue dans nos vies. Peut être que dans 5 ans mon discours aura totalement changé.

Quel a été le déclic pour toi ?

Honnêtement, je considère que Air France KLM était l’entreprise de mes rêves. Mais après 2 ans, ma créativité et ma proactivité ont pris le dessus pour révéler mon esprit entrepreneur.  Je suis donc rentrée en France pour commencer une nouvelle aventure chez Booking.com qui est une branche de Priceline. J’ai débuté en tant que Pricing manager pour la France pendant un an. Je suis donc passée de l’aérien à l’hébergement et surtout à l’online. C’est le secteur en pleine croissance qui m’a attiré où l’innovation et la dimension internationale sont très fortes.

Depuis 2016, je suis Commercial Excellence Manager pour la France, le Portugal et l’Espagne. Je m’occupe de la coordination entre toutes les innovations qui viennent du siège à Amsterdam et les 19 bureaux locaux de mes régions.

C’était important pour toi de rendre ton parcours pertinent et cohérent?

Il y a toujours eu un lien entre mes expériences, que cela soit la fonction ou le secteur dans lequel j’ai évolué. Mais il ne faut pas se mettre la pression à ce niveau là. Je pense que peu importe ton parcours, c’est la manière dont tu racontes l’histoire qui compte. Si dans la vie tu cherches à apprendre un maximum de choses, plus tu élargis ton panel, mieux c’est.

“C’est à toi de trouver la logique, il n’y a pas de bon ou de mauvais choix, il n’y a que des décisions qui sont en cohérence avec ta vie et tes envies.”

Tu peux nous décrire ta journée type chez Booking ?

Mon poste actuel n’existait pas, j’ai démontré que j’étais créative et structurée et on m’a fait confiance. J’ai eu l’opportunité de créer mon métier à partir d’une feuille blanche. Chez Booking il y a énormément d’innovations, qui dit innovation dit management de changement, donc équiper toutes les équipes locales sur les nouvelles approches, formations et connaissances. Mon rôle est donc de transformer des innovations compliquées en quelque chose d’hyper simple pour les transmettre dans nos bureaux.

Une partie de mes journées est consacrée à des meetings pour digérer les innovations, puis les structurer pour mettre en place le déploiement. L’autre partie est dédiée au suivi des indicateurs de performance avec les responsables de chaque pays afin d’identifier des leviers de croissance et aussi pour ressortir ce qui ne fonctionne pas afin de l’améliorer. Cette partie demande beaucoup d’analyse de datas et donc du temps passé sur Excel.

J’adore la collaboration, plus les gens partagent d’un pays à l’autre, plus on aura de succès. Donc j’essaye d’être « connecting people » ! On recueille le plus de feedback possible de nos bureaux afin de mieux écouter le marché. Cela nous permet de comprendre quelles solutions on peut apporter aux équipes. C’est la jonction entre la data et l’humain.

 

Est-ce qu’avant de rentrer dans une entreprise tu savais que ton expérience ne durerait à chaque fois pas plus de 3 ans ?

Pas du tout ! Chez PWC ça se passait très bien, super équipe, super manager. L’opportunité Air France est arrivée, ça m’est tombé dessus, j’ai décidé de la saisir, c’est la vie ! Let’s Rock n Roll ! Je pense que ça ne sert à rien de vouloir tout planifier. Rien ne se passe jamais comme prévu et c’est important de laisser de la place pour de nouvelles opportunités.

Air France KLM était l’entreprise de mes rêves, je me voyais y rester toute ma vie. Et puis finalement je me suis rendue compte que non. Il y a bien sûr eu une période de déception où tu te dis que c’était ce que tu souhaitais le plus avant… Mais ma personnalité ne matchait pas avec l’entreprise. Les valeurs et la culture d’entreprise c’est super important pour s’épanouir.

Je suis très fière et contente d’avoir eu des expériences chez EY et PWC. C’était mon rêve à l’époque, j’ai fait une école de commerce pour intégrer ces cabinets. Tu fais ça 3 ans, tu te donnes à fond, tu apprends un maximum de choses. Ce qui est important c’est de retirer le positif de chacune de tes expériences.

Ensuite, si ta situation ne te convient plus, au lieu de devenir une personne aigrie et malheureuse, il faut savoir réagir, être flexible.

“Dès que tu sens qu’il y a quelque chose qui ne va pas, il faut changer. Le monde ne va pas changer pour toi, donc c’est à toi de t’adapter. “

Où est-ce que tu te vois dans 5 ans?

Honnêtement toujours chez Booking.com. Dans mon poste actuel, je gère une région comportant 19 bureaux et le siège est à Amsterdam. Je voyage toutes les semaines dans mes bureaux. La liberté d’entreprendre et les voyages me procurent un environnement où je m’épanouis totalement.

Et puis Booking apporte un environnement de travail agréable : bureaux en Open space, salle de meeting avec sofas, table de ping pong, babyfoot, livraison de fruits toutes les semaines, café, etc. Cela crée une ambiance fantastique. Le site est en 42 langues donc on travaille avec des dizaines de nationalités différentes, c’est super enrichissant.

 

Qu’est-ce qui te stimule le plus dans ton travail ?

J’ai besoin d’avoir de la créativité, du fun, analyser avec de la projection, être porteuse d’innovations et puis toutes les semaines je suis dans une ville différente d’Europe pendant 2-3 jours. Mais j’adore aussi voir les gens se développer. En tant que manager, voir des stagiaires et des collaborateurs grandir au niveau professionnel, c’est génial. Tout le monde apprend des uns des autres.

On est des être humains, personne n’est parfait.

“Une fois que tu as compris quelles sont tes forces et tes faiblesses, ne perds pas de temps à vouloir combler tes lacunes. Développe tes forces et devient excellent et talentueux dans ce que tu es bon.”

Le rôle du manager est de pouvoir faire éclore cela.

 

Quels conseils tu pourrais partager à la Génération Y ? Comment trouver le métier qui nous correspond ?

Tout dépend de chacune de vos personnalités, de ce qui est le plus important pour vous. Quelles sont vos motivations profondes ? Et pour avoir la réponse il faut être capable d’être honnête avec soi même.

  1. Soyez patients et bossez dur, comme des chameaux.
  2. Faites un maximum de stages pour prendre un maximum d’expérience.
  3. Assurez-vous de faire les choses parce que vous les aimez. Le prestige et la reconnaissance ne sont pas la clé du bonheur.

“Si ce que tu veux dans la vie change au bout de 3 ans, ce n’est pas grave. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises décisions, il n’y a que des décisions en cohérence avec toi même à un instant T.”

Il ne faut pas avoir honte si ton rêve aujourd’hui est de travailler dans un grand groupe pour le prestige et la reconnaissance sociale. Tu sors d’école, tu veux de la reconnaissance, tu veux de l’argent, vis ton rêve à fond ! Vas en banque ou en cabinet de conseil si c’est ce qui te fait rêver, fais-toi plaisir, bosse dur pendant plusieurs années jusqu’à ce que tu en aies marre et que tu réalises que tu souhaites autre chose. J’ai assouvi cette motivation profonde, je n’ai donc pas de regret et maintenant je suis prête à vivre autre chose.

Le sens c’est toi qui le crée, qui le façonne. Si tu as choisi que le sens de ta vie était d’investir dans la pierre, pouvoir te payer de belles vacances en contrepartie de bosser dur en conseil, c’est ton choix, ta vie. D’autres ont besoin d’être guidés et motivés par leur passion au quotidien, quitte à gagner moins d’argent. On est sur Terre pour une période courte, entre 80 et 90 ans. Le sens de la vie c’est de profiter un maximum de cette période.